Les chaudes promesses du sous-sol vaudois Energie

  • juin 25, 2019

Article paru dans le « 24Heures » le 19 juin 2019

Le cadastre rendu public par l’État révèle le potentiel de la géothermie profonde: elle pourrait combler une bonne partie des besoins thermiques de 43 communes du Plateau

Il n’y a pas que les éoliennes, les panneaux solaires ou les barrages hydrauliques sur lesquels compter pour s’affranchir des énergies fossiles: la géothermie profonde a aussi un rôle à jouer. Et dans le canton «son potentiel est important», a claironné le Département du territoire et de l’environnement (DTE) mardi devant les médias. C’est ce que démontre un tout nouveau cadastre mis en ligne sur le site de l’État de Vaud. Il se fonde sur les informations récoltées lors de la campagne d’exploration pétrolière, il y a près de cinquante ans – une nanoseconde à l’échelle des temps géologiques. Verdict: 43 communes pourraient tirer de la chaleur du sous-sol, de quoi subvenir à une bonne partie de leurs besoins en énergie thermique.

Cette opération de com ne tombe pas par hasard. Le Canton de Vaud vient de se doter d’une nouvelle loi sur le sous-sol qui a pour but d’encourager les projets de géothermie (lire ci-contre). Il s’agit donc de faire un appel du pied aux investisseurs publics ou privés pour qu’ils se lancent dans l’aventure. D’ailleurs, la Confédération aussi les y invite, avec d’importants subsides. «Les conditions-cadres sont posées, c’est primordial. Mais pour que les projets puissent décoller, il faut bien sûr que la ressource soit là», résume la ministre PLR Jacqueline de Quattro.

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Eh bien elle est là. Entre 1500 et 3000 mètres de profondeur, dans la couche appelée «aquifère du Dogger», l’eau enfouie sous la molasse se réchauffe jusqu’à des températures pouvant dépasser les 100 degrés. Le cadastre identifie ainsi plusieurs territoires communaux qui seraient propices à la production de chaleur via un chauffage à distance, notamment Lausanne, Nyon, Moudon ou Orbe.

20 000 ménages chauffés

«Le potentiel est estimé à 350 GWh/an, soit l’équivalent de 20 000 ménages vaudois», relève Renaud Marcelpoix, chef de la division géologie à la Direction générale de l’Environnement. Le DTE table sur la création de 20 centrales géothermiques d’ici à 2050. Pas de quoi transformer le territoire en tranche d’emmental. Mais pas négligeable non plus quand on sait que le Conseil d’État s’est fixé des objectifs assez ambitieux en la matière: couvrir 35% des besoins énergétiques du canton par des sources renouvelables d’ici à 2035, et 50% d’ici à 2050.

Et la géothermie a de solides arguments à faire valoir: l’énergie est indigène et renouvelable, puisque l’eau est réinjectée dans le sous-sol, la production est continue et garantie sans émissions de CO2. Surtout, elle est bien mieux acceptée par les habitants – doux euphémisme – que les éoliennes. Une fois levées les inquiétudes liées aux risques sismiques, bien sûr.

Pour preuve, les deux gros projets vaudois que sont AGEPP à Lavey et EnergeÔ à Vinzel. Lors de leur mise à l’enquête, ils n’ont suscité qu’une seule opposition, retirée par la suite. Le premier compte puiser à une profondeur de 2300 à 3000 mètres une eau bouillonnante qui fournira de la chaleur et même de l’électricité à 900 ménages, en plus d’alimenter les Bains de Lavey. Le second vise à chauffer 1500 ménages de la région de Gland, avec un forage à 2200 mètres. «Cela représente un million de litres de mazout d’importation, soit 40 camions-citernes en moins sur les routes», illustre la conseillère d’État.

Si ces deux projets mûrissent depuis de longues années, portés par de patientes sociétés en mains majoritairement publiques, la géothermie doit aussi pouvoir intéresser des investisseurs privés, plus pressés. À l’image des maraîchers Stoll, près d’Yverdon, qui souhaitent puiser dans les entrailles de la terre de quoi chauffer proprement leurs immenses serres. Novateur. D’autres demandes vont voir le jour. Depuis le mois d’avril, date d’entrée en vigueur de la nouvelle loi, une dizaine d’acteurs différents ont déjà pris contact avec le DTE en ce sens, indique Jacqueline de Quattro.

Un canton pionnier

Spécialiste de la géothermie profonde à l’Office fédéral de l’énergie, Nicole Lupi n’a pas manqué de saluer la démarche du Canton de Vaud, «qui va dans la bonne direction». À certains égards, il est même pionnier, dit-elle. Son approche est un peu différente de celle choisie par son voisin genevois, qui montre aussi des intentions conquérantes en la matière et a d’ores et déjà procédé à des forages exploratoires, sous l’égide des Services industriels de la Ville de Genève. «La publication d’un cadastre est importante, commente la fonctionnaire fédérale, car il n’y a pas beaucoup de forages de plus de 500 mètres en Suisse dont les données sont téléchargeables par tout un chacun. C’est un frein au développement de projets. Il faut partager la connaissance du sous-sol.»

Le cadastre vaudois se concentre pour l’heure sur le Plateau, là où les besoins sont aussi les plus grands en termes démographiques. «Il est prévu d’étendre l’étude à la Riviera et à la vallée du Rhône l’an prochain», note Renaud Marcelpoix. (24 heures)

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